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Burkina: le président dissout le gouvernement et décrète l’état d’urgence

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[dropcap]I[/dropcap]ls s’insurgent contre un projet de loi visant à laisser au pouvoir le président actuel Blaise Compaoré après la fin de son quatrième mandat, en 2015. Le chef de l’Etat a annoncé la dissolution du gouvernement, en fin de journée.

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Des manifestants jeudi matin à Ouagadougou, en face du Parlement. AFP

Le Burkina Faso a sombré dans le chaos, ce jeudi, forçant le gouvernement à annuler le vote d’une révision constitutionnelle controversée qui permettrait le maintient au pouvoir du président Blaise Compaoré. Alors qu’un manifestant a trouvé la mort, l’ONU a annoncé l’envoi d’un émissaire dans le pays pour tenter de mettre fin aux violences.

Un manifestant tué

Dans la capitale, Ouagadougou, des manifestants ont pris d’assaut et saccagé la télévision nationale et l’Assemblée nationale. Le Parlement a été par ailleurs incendié, alors que la révision constitutionnelle devait avoir lieu dans la matinée.

En pleine tourmente, le gouvernement a annoncé à la mi-journée avoir « annulé le vote » du projet de révision constitutionnelle qui a mis le feu aux poudres, prévu dans la matinée, et a appelé « au calme et à la retenue ».

Les violences ont fait au moins un mort parmi les manifestants. La victime, un homme d’une trentaine d’années, a été retrouvée à quelques centaines de mètres du domicile du frère cadet du chef de l’Etat, un trou dans la tempe.

Des bâtiments officiels incendiés

Une partie du bâtiment de l’Assemblée a été ravagée par les flammes. D’épaisses et spectaculaires fumées noires s’échappaient par les fenêtres brisées. Mamadou Kadré, un député de l’opposition présent au Parlement à l’arrivée des protestataires, a affirmé que ses collègues de la majorité ont été exfiltrés, sans précision quant au moment ni au lieu de leur exfiltration. Les forces de l’ordre, qui avaient commencé par tirer des gaz lacrymogène sur les manifestants, ont ensuite battu en retraite.

Aux abords de la présidence, plus au sud dans la ville, la tension était palpable. Plusieurs centaines de manifestants ont fait face aux soldats de la garde présidentielle, les tenant à distance. Certains soldats ont effectué des tirs de sommation au-dessus des protestataires. Autre symbole du pouvoir attaqué: la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB). Plusieurs centaines de personnes sont entrées dans ses locaux, où elles ont pillé le matériel, caméras incluses, avant de quitter les lieux. Les transmissions ont été coupées.

Un président accroché au pouvoir

Le Burkina a basculé dans la crise avec l’annonce, le 21 octobre, d’un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Arrivé aux affaires il y a 27 ans, le président Compaoré devait achever l’an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015). Lui qui a déjà modifié deux fois l’article 37 de la Loi fondamentale, en 1997 puis en 2000, pour se maintenir au pouvoir, défend la stricte légalité de sa démarche pour cette troisième retouche. Il restait silencieux jeudi.

Les manifestants, des jeunes pour la plupart, sont extrêmement remontés contre ce projet de loi visant à réviser la Constitution. L’opposition craint en effet que ce nouveau changement conduise le chef de l’Etat, déjà élu quatre fois avec des scores soviétiques, à accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant 15 années de plus au pouvoir.

« Le printemps noir »

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d’un renversement du régime, longtemps considéré comme l’un des plus stables de la région. « Le 30 octobre, c’est le printemps noir au Burkina Faso, à l’image du printemps arabe », a lancé, mercredi, Emile Pargui Paré, ex-candidat à la charge suprême et cadre d’un influent parti d’opposition. Mardi déjà, des centaines de milliers de personnes – un million, selon l’opposition – étaient descendues dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un « coup d’Etat constitutionnel ». La manifestation monstre s’était achevée par des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre.

Majorité et opposition s’empoignent régulièrement en effet depuis de longs mois au sujet de cet article limitant à deux les mandats présidentiels, qui empêche pour l’instant Blaise Compaoré, âgé de 63 ans et élu à chaque fois avec des scores phénoménaux, de se représenter en 2015.

AFP

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