
Après 15 ans d’absence sur scène en Guinée, l’artiste-musicien Prince Diabaté qui vit actuellement en Californie aux États-Unis où il joue dans les compositions musicales des séries et des films hollywoodiens, a décidé d’offrir le 21 janvier 2012, au public mélomane guinéen, un grand concert dédié au grand saxophone et chanteur, feu Momo Wandel Soumah.
En séjour à Conakry depuis trois semaines, Prince Diabaté, de son vrai nom Mohamed Binnè Diabaté, a accordé une interview à Conakryinfos.com pour parler de l’objet de son séjour à Conakry, son concert du 21 janvier au CCFG, ses débuts dans la musique, sa vie aux Etats-Unis et ses projets dans sa carrière musicale. Rencontre avec un musicien qui manie avec dextérité la kora et le ‘’kalélén n’goni’’.
Conakryinfos : Bonjour Prince,
Prince Diabaté : Bonjour Boua et tous les lecteurs de Conakryinfos.
Conakryinfos : Depuis des années, le public mélomane guinéen et les téléspectateurs de la Télévision nationale ne voient plus sur la lucarne joyeuse Prince Diabaté, grand joueur de kora. Que devenez-vous ?
Prince Diabaté : Je vais très bien. Je vis actuellement aux États-Unis où je suis basé à Los Angeles dans l’Etat de Californie.
Conakryinfos : Continuez-vous toujours à faire la musique ?
Prince Diabaté : Bien sûr ! C’est ce que je connais, parce que j’y suis né et grandi tant du côté paternel que maternel. Je continue toujours à faire de la musique entre les États-Unis et la France.
Conakryinfos : Peut-on connaitre l’objet de votre séjour en Guinée ?
Prince Diabaté : Je suis en Guinée pour me ressourcer, dire bonjour à la famille et offrir un grand concert mémorial le 21 janvier 2012 au Centre culturel franco-guinéen pour rendre hommage au doyen Momo Wandel Soumah, grand saxophone et jazzman, qui m’a prodigué de sages conseils dans ma carrière musicale. Il m’a donné beaucoup de courage et m’a donné l’idée de créer mon propre style dans ma carrière musicale. Donc, Je suis à Conakry pour rendre hommage au doyen Momo Wandel Soumah à travers un concert inédit au CCFG.
Conakryinfos : Pour le concert du 21 janvier, vous jouerez avec des musiciens américains ou guinéens ?
Prince Diabaté : Pour le concert mémorial Momo Wandel, je jouerai avec des artistes guinéens qui sont déjà sur place. Mais, il y aura aussi un de mes élèves du nom de Bruno Coon qui est venu spécialement des États-Unis pour participer à ce grand concert. Cet élève qui est un grand compositeur à Hollywood ouvrira le concert par des notes de kora inédites qu’il a apprises avec moi.
Au moment où je vous parle, nous sommes en phase de boucler nos répétitions avec un orchestre dirigé par le guitariste Sékou Camara ‘’Yakhoumba’’ Sékou et le maestro Maître Barry.
Conakryinfos : Vous parlez de l’arrivée en Guinée d’un de vos élèves américains. Voulez-vous dire que vous avez une école d’apprentissage de kora aux États-Unis ?
Prince Diabaté : Non, je n’ai pas d’école d’apprentissage de kora aux États-Unis. Mais, je donne des cours privés à des américains qui sont séduits par la kora, notamment à Los Angeles en Californie. Récemment, j’étais même à New York pour des cours privés à des élèves dont le nombre s’agrandit d’année en année.
Conakryinfos : Parmi les précurseurs de la musique guinéenne, pourquoi le choix sur Momo Wandel Soumah pour lui rendre un hommage spécifique ?
Prince Diabaté : J’ai décidé de rendre hommage spécifique au doyen Momo Wandel, un saxophone hor-pair, pour plusieurs raisons dont je préfère taire certaines.
Par exemple lors du concert ‘’Découverte RFI’’ en 1990, j’ai joué sur la même scène avec le doyen Wandel, suivi de certains artistes guinéens et même des artistes africains de renom d’alors comme Ray Lema. Ce jour, il m’a encore encouragé en me demandant de créer mon propre style, c’est-à-dire ma propre signature qui sera différente de celle des autres musiciens.
Donc, ses conseils restent toujours gravés dans ma mémoire. C’est pourquoi, j’aime beaucoup écouter ses morceaux de jazz puisés des chansons traditionnelles.
C’est pour rendre un hommage mérité à cet artiste émérite que j’ai décidé de lui dédier ce grand concert, premier du genre après ma sortie de la Guinée, pour honorer sa mémoire.
Conakryinfos : Avant de décider de rendre hommage à Momo Wandel, avez-vous rencontré sa famille pour lui faire part de votre initiative ?
Prince Diabaté : Bien sûr. La famille du doyen Wandel est informée de l’organisation de ce concert par un de ‘’ses élèves protégés’’ que je suis. Je me suis rendu en personne dans la famille Soumah à Dixinn pour lui parler de ce concert. C’est sa fille et ses deux épouses que j’ai rencontrées là-bas. En leur exposant ce projet, j’ai été étonné de savoir que sa fille là était une amie d’enfance.
Après avoir écouté ma proposition, la famille de Momo Wandel s’est réjouie de l’honneur que j’ai décidé de rendre à leur feu père. Sa fille Hadja nous a même rassurés que le jour du concert, toute la famille se rendra au CCFG pour suivre ce concert qu’elle a qualifié d’inédit. A la fin de la visite dans la famille Soumah, les deux femmes du doyen ont beaucoup prié moi pour avoir pensé à leur mari qui a rejoint le Royaume du silence.
Donc, la famille du doyen Momo Wandel est bel et bien informée de l’organisation du concert mémorial qu’on lui a dédié.
Mais, je rappelle que ce concert n’a rien de commercial ; c’est un concert humanitaire que j’ai décidé d’organiser pour rendre hommage au maestro, Momo Wandel Soumah. Mon concert à Conakry a pour objectif d’immortaliser le doyen Momo Wandel Soumah, un grand homme de la culture guinéenne que les gens ont tendance à oublier depuis son décès. Désormais, ce concert aura lieu à Conakry après chaque deux ans.
Conakryinfos : Avant d’être aux États-Unis, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours musical ?
Prince Diabaté : Écoutez ! Je suis né dans une famille griotte. C’est pour vous dire que mon père et ma mère sont tous des griots. Quand mon papa apprenait mon grand-frère à jouer la kora, j’étais toujours à côté en train d’observer. Avec tout ça, mon père ne voulait pas que je fasse la musique, car, il voulait que j’étudie pour être un cadre supérieur.
Mais, c’est grâce au premier président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré que j’ai eu l’opportunité de faire la musique comme je le voulais. Cela s’est passé lors de la célébration de la fête de célébration de l’indépendance de la Guinée (2 octobre) à la Place des Martyrs de Kindia où le président de la République était présent avec certains membres de son gouvernement.
Tous les habitants de Kindia s’étaient vêtus de blanc pour aller célébrer la fête de l’indépendance avec le président Sékou Touré. Même les membres de ma famille avaient également fait le déplacement pour faire la fête avec le Chef suprême de la Révolution.
Moi aussi à 7 ans, ne voulant pas rater l’occasion, j’ai pris mon costume blanc que j’aimais beaucoup pour aller à la Place des Martyrs de Kindia avec la petite kora de mon grand-frère pour aller jouer pour le président de la République.
Arrivé à la Place des Martyrs, les militaires m’ont violemment bloqué m’empêchant d’aller devant la tribune. Finalement, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai pu franchir la barrière de militaires, de policiers et gendarmes pour me retrouver en face du président Sékou Touré.
Ainsi, j’ai commencé à jouer avec dextérité la kora que je détenais. Quand je jouais, le président Sékou Touré n’entendait pas. Il m’a vu jouer, et m’a fait signe de monter à la tribune pour venir jouer devant lui avant de faire asseoir à ses côtés. Il m’a demandé ce que je veux. Je lui ai dit de prier mes parents de me laisser jouer la kora.
C’est ainsi qu’à la fin de la cérémonie, il m’a pris à pris à Kindia dans sa voiture Cadillac blanche pour m’emmener avec lui à Conakry où j’ai passé deux semaines dans la cour du palais présidentiel, avant de me confier à Tantie Jeanne Macauley, la Directrice du théâtre national d’enfants d’alors dénommé ‘’Troupe André Touré’’. C’est comme ça que j’ai commencé à jouer dans le théâtre national d’enfants.
A Conakry, le président Sékou Touré a appelé le gouverneur de Kindia d’alors Ansoumane Condé pour aller dire à mes parents qu’il m’a introduit au sein du théâtre national d’enfants de Guinée. Entre-temps, Maitre Gadirou de Biro band de Kindia m’a approché pour m’introduire dans l’orchestre fédéral de Kindia.
Après tout cela, je voulais apprendre plus pour devenir un grand artiste de renom. C’est ainsi que j’ai décidé d’aller en aventure en Côte d’Ivoire dans les années 1981-1982. A Abidjan, j’ai participé à un concours à Treichville où j’ai gagné le premier prix. C’est à l’issue de ce concours qu’on m’a donné le nom ‘’Prince Diabaté’’. C'est-à-dire le prince de la kora.
Après le périple ivoirien, je suis retourné en Guinée en 1985 pour continuer la musique dans mon pays que j’aimais tant. A Conakry, j’ai été découvert par le journaliste Justin Morel Junior qui m’a invité à la Radio télévision guinéenne (RTG) pour faire mon premier enregistrement télévisé. C’est là que j’ai joué la salsa avec la kora.
Depuis ce jour, ce sont mes images qui passaient chaque jour à la télévision nationale avant le grand journal télévisé.
J’ai été aussi encouragé par d’autres artistes dont j’oublie les noms, mais que je salue beaucoup à travers votre médium. Avec ce succès, j’ai créé mon propre groupe appelé ‘’Groupe Prince Diabaté’’ qui a fini par donner naissance au duo ‘’Prince Diabaté-Amara Sanoh’’.
J’ai vu un jour Amara Sanoh de passage avec un jeune guitariste avant de l’inviter à se joindre à moi pour former un groupe. Après cette rencontre, nous avons commencé à faire des répétitions qui ont donné naissance à l’album ‘’Lamarana’’. Nous avons participé à l’émission ‘’Découverte RFI 1990’’ au palais du Peuple où je me suis fait remarquer avec brio parmi de grands artistes. Avec ce groupe, nous avons été en France et aux États-Unis grâce à Mme Rougui Barry ‘’RBB’’. C’est après cette tournée que j’ai décidé de rester aux États-Unis pour suivre ma carrière musicale.
Conakryinfos: Donc, finalement vous n'avez pas pu étudier comme le voulait votre père ?
Prince Diabaté: Non. Comme mon père avait refusé de m'apprendre la kora, moi aussi, j'ai refusé d'étudier. Je n'ai fait qu'une semaine à l'école primaire.
Conakryinfos : En plus de la kora, vous jouez aujourd’hui avec dextérité un nouvel instrument appelé ‘’kamalén n’goni’’ qui est méconnu des guinéens. Comment avez-vous réussi le mariage entre la kora et le ‘’Kamalén n’goni’’ ?
Prince Diabaté : Rire. J’aimais le ‘’kamélén n’goni’’ depuis à l’enfance. Mais, je n’ai jamais eu le temps de l’apprendre en Guinée. C’est quand je suis sorti du pays que j’ai appris à jouer cet instrument à l’issue des cours privés que j’ai suivis avec un burkinabé. Donc, ça fait 11 ans que je joue le ‘’kamélén n’goni’’.
C’est après l’apprentissage du ‘’kamélén n’goni’’ que j’ai compris que mon arrière-grand-père maternel jouait aussi avec dextérité cet instrument de musique ancestral. C’est le grand-frère de mon prère qui m’a vu jouer avec cet instrument qui m’a dit : « C’est l’instrument que le grand-père de ta maman jouait ». C’est une nouvelle qui m’a fait beaucoup plaisir.
A mon tour, je vais essayer de l’enseigner à la nouvelle génération. Car, avant, le ‘’kamélén n’goni’’ était un instrument propre au Mali, à la Guinée et da Burkina Faso. Mais, aujourd’hui, cet instrument tend à disparaitre de la musique guinéenne au profit des autres pays de la sous-région.
Conakryinfos : Voulez-vous dire que vous êtes le seul musicien guinéen à jouer cet instrument ?
Prince Diabaté : Pour le moment, je suis l’unique artiste-musicien guinéen de ma génération qui essaie de réintroduire le ‘’kamalén n’goni’’ dans la musique guinéenne. C’est un instrument magnifique qu’i faut sauver. Car, il a une belle note. C’est pentatonique ! J’ai beaucoup aimé ça. C’est pourquoi je me bats pour le faire revenir dans notre musique.
Conakryinfos : Y a-t-il une différence entre la kora et le kamélén ngoni se ressemblent beaucoup ?
Prince Diabaté : Oui, il y a une grande différence entre la kora et le ‘’kamélén n’goni’’. Ce sont deux instruments diamétralement opposés. Tout d’abord, au niveau des accords, la kora est diatonique alors le ‘’kamélén n’goni’’ est pentatonique. Ensuite, le ‘’kamélén n’goni’’ a six cordes tandis que pour la kora en a vingt-et-une. Mais mon ‘’kamélén n’goni‘’ est très particulier, parce qu’en plus de ses six cordes, j’en ai rajoutées quatre extra cordes.
Conakryinfos : On vous connait comme un excellent joueur de kora, mais vous êtes devenu par la suite un excellent chanteur. Comment avez-vous réussi à être à la fois un joueur de kora et un chanteur ?
Prince Diabaté : Écoutez ! Tout ce que vous faites dans la vie, il faut le faire avec dextérité et courage. Je suis un artiste qui veut apprendre chaque jour de nouvelles choses. Aux États-Unis, j’ai suivi des cours de chant que j’ai développés avec les doyens Mafila Kanté et Modjèrhè Bah.
Le premier m’a donné des cours de musique mandingue et du Ouassoulou ; et le deuxième m’a enseigné la musique pastorale qu’on appelle musique peul. Je me confie aussi avec d’autres anciens de la musique guinéenne, parce que quand ils partent aujourd’hui, ils partiront avec tout ce qu’ils ont appris de leurs parents.
Pour raffiner tout cela, je le fais avec ma mère qui me donne des cours sur les anciens chants traditionnels populaires que j’ai oubliés. Donc, je continue à apprendre chaque jour.
Conakryinfos : Donc, vous venez souvent en Guinée pour vous ressourcer ?
Prince Diabaté : Bien sûr ! Chaque année je viens en Guinée pour me ressourcer auprès de ma mère qui a 83 ans cette année. C’est elle qui me donne parfois des cours de chants traditionnels. Comme je l’ai déjà dit, je consultais aussi le doyen Manfila Kanté de Paris sur la musique traditionnelle mandingue. Côté peul, c’est le doyen Modjèrhè Bah qui me donnait aussi des cours sur la musique peul.
Mais, très malheureusement, tous ces maitres sont décédés aujourd’hui. Je profite de l’occasion pour demander à Dieu de les accueillir au paradis.
Je fais tout cela avec des va-et-vient entre les États-Unis et la Guinée pour ne pas perdre et oublier l’originalité.
Conakryinfos : En tant que joueur de kora et chanteur, quelles sont vos sources d’inspiration ?
Prince Diabaté : Mes sources d’inspirations viennent de deux côtés. D’un, je veux rester un griot mandingue fidèle à la tradition. C’est pourquoi, chaque année, je viens en Guinée pour me ressourcer.
Deuxièmement, c’est le mariage avec la musique moderne à l’image des gens que je rencontre à l’étranger. C’est le cas de mon élève Bruno Cole qui jouera avec moi au concert du 21 janvier prochain au Centre culturel franco guinéen. L’inspiration à la musique moderne me réussit beaucoup aujourd’hui. J’ai joué dans le groupe ‘’ Symphonie du Nouveau Mexique’’ aux Etats-Unis.
J’ai travaillé aussi avec le plus grand groupe hip-hop de Californie appelé Ozo Martly. Je suis aussi membre du groupe ‘’Sèwèkan’’ de Mamady Kéita ‘’Djémbéfôla’’. C’est pour vous dire que je m’inspire des musiques traditionnelle et moderne.
Conakryinfos : Le duo ‘’Prince Diabaté-Amara Sanoh’’ ont fait chanté et dansé les guinéens dans les années 90 avec le titre ‘’Maderissa’’. Alors, que vous rappellent ces années de succès pour vous ?
Prince Diabaté : Franchement, je vous dis que ces années ont beaucoup marqué notre carrière musicale. C’est des années de bons souvenirs. Car, elles ont été belles et magnifiques, parce que tout le monde aimait ce qu’on faisait.
Mais, il fallait sortir pour améliorer ce qui était déjà fait pour ne pas être limité. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller vivre aux Etats-Unis. Amara Sanoh même est venu avec moi là-bas où j’ai eu la chance de faire la connaissance des artistes qui m’ont introduit à Hollywood pour la composition des musiques de films et de séries télévisées.
Conakryinfos : Que devient Amara Sanoh ? Et quels sont vos rapports aujourd’hui ?
Prince Diabaté : Amara vit toujours en Guinée. Nous sommes des amis de très longue date, même si aujourd’hui, nous ne sommes plus des partenaires. A chaque séjour en Guinée, je le cherche pour le saluer et lui demander de nos anciens amis communs.
Mais, ce qui n’est pas entre nous, c’est le travail. Mais nous sommes de très bons amis qui ont fait de très bons moments ensemble. Donc, ce n’est pas aujourd’hui qui va nous séparer ni demain. Je serai toujours à ses côtés en tant qu’ami.
Conakryinfos : Vous avez parlé de Hollywood. Voulez-vous dire ici que vous avez joué dans certains films hollywoodiens ? Et quels sont vos relations avec les acteurs hollywoodiens ?
Prince Diabaté : Bien sûr. J’ai travaillé avec l’un des plus compositeurs de Hollywood du nom Hans Zimmer qui a eu beaucoup de prix pour ses compositions. C’est lui qui a composé la musique du film ‘’Gladiator’’. Même dans le nouveau ‘’Gladiator’’, il a ses notes dedans. Récemment, un autre compositeur du nom Kevin Kiner m’a demandé de jouer dans la musique d’un film sur les animaux. C’est lui a composé la musique de la série ‘’CSI Miami’’.
J’ai aussi travaillé avec un brésilien appelé Hector Perreira qui vit à Hollywood. Avec lui, on a travaillé sur un film appelé ‘’Runing the Sahara’’ qui a très bien marché aux Etats-Unis et en Amérique du Sud.
Conakryinfos : Vous êtes l’un des rares musiciens guinéens qui sont sortis et qui ont réussi à s’adapter à la World-Music, mais avez-vous un plan de carrière musicale ?
Prince Diabaté : Bien sûr ! Ma carrière musicale internationale est tracée depuis ma sortie de la Guinée. Pour preuve, tous ceux qui veulent avoir des informations sur ma carrière internationale, peuvent se connecter sur le site www.princediabate.com pour connaitre tout sur ma vie. Ils verront des images de mes tournées et des prix que j’ai obtenus durant ma carrière internationale.
Conakryinfos : Combien d’albums avez-vous sur le marché ?
Prince Diabaté : Dans ma carrière, j’ai participé à la réalisation de plusieurs albums nationaux et internationaux. Mais, personnellement, j’ai à mon compte deux albums solo.
Conakryinfos : Comment faites-vous vos tournées en Europe ?
Prince Diabaté : En Europe, j’appartiens à un groupe africain composé d’un trio appelé ‘’Kora Friends’’, formé de Ba Cissoko (Guinée-France), N’Fanly Kouyaté (Belgique) et Prince Diabaté (Etats-Unis). Avant de sortir en tournée avec ce groupe, on se regroupe à Bruxelles chez N’Fanly Kouyaté où nous suivons nos répétitions.
Conakryinfos : Malgré votre célébrité internationale, vous êtes méconnu de la nouvelle génération, menez-vous des démarches pour être en contact avec les jeunes artistes guinéens pour qu’ils puissent bénéficier de votre expérience ?
Prince Diabaté : C’est vrai, ça fait quinze ans que j’ai quitté la Guinée. Donc, peu de jeunes d’aujourd’hui me connaissent dans la musique. Mais, j’ai plein de projets pour me faire connaitre davantage auprès de la nouvelle génération.
Après le concert, j’invite tous les jeunes qui veulent apprendre à jouer à la kora et au ‘’kamélén n’goni’’ de venir suivre des cours d’apprentissage gratuits que je vais leur offrir, suivi de l’historique de la kora et du ‘’kamélén n’goni’’.
Conakryinfos : Quelle est votre vision de la musique guinéenne après 15 ans de vie aux États-Unis ?
Prince Diabaté : Écoutez ! Il faut dire en général que la musique guinéenne n’est consommée qu’en Guinée seulement. La musique guinéenne est barricadée par rapport à d’autres musiques qui arrivent néanmoins à s’en sortir.
Je pense que quand on veut faire une musique sérieuse, il faut le faire de façon universelle pour qu’elle soit consommée par toutes les personnes qui auront la chance d’écouter cette musique. C’est pour vous dire que la musique n’a pas de frontière quand elle est bien faite.
Parlant de notre musique, je dirais que ce n’est plus comme avant, parce que maintenant, on ne fait plus de recherche comme au temps des grands artistes guinéens qui ont fait sortir la musique guinéenne de sa torpeur pour s’imposer sur le continent africain et sur d’autres cieux.
Malgré qu’elle soit dans les temps le porte-flambeau de la musique africaine avec des artistes émérites comme Kouyaté Sory Kandia, Aboubacar Demba Camara de l’orchestre Bembeya, Momo Wandel Soumah, le compositeur La Playa (qu’on a tendance à oublier), Djély Fodé Diabaté, Kéita Fodéba et d’autres, la musique guinéenne est en train de reculer par rapport à celle d’autres pays qui se sont inspirés d’elle pour pouvoir voir le chemin aujourd’hui.
La musique guinéenne que j’ai connue hier, est différente de celle que je vois aujourd’hui. Parfois, quand je fais la comparaison, j’ai des larmes aux yeux.
Conakryinfos : Pour le concert du 21 janvier, avez-vous un appel à lancer au public mélomane pour venir nombreux vous suivre sur scène après 15 ans d’absence sur scène en Guinée ?
Prince Diabaté : Je n’ai pas trop de commentaires à faire sur le concert dénommé ‘’hommage au doyen Momo Wandel Soumah’’. Seulement, tous ceux qui connaissent et veulent de la bonne musique, ils n’ont qu’à venir très nombreux le samedi 21 janvier 2012 à partir de 19H30 au CCFG pour suivre en live ce concert inédit. Ils verront que ce que j’ai appris à l’étranger est venu s’ajouter à ce que j’avais appris en Guinée.
Je promets un spectacle inédit dans la salle de spectacles du Centre culturel franco-guinéen.
Conakryinfos : Au-delà de votre promotion aux Etats-Unis et en Europe, avez-vous entamé des démarches pour votre promotion en Guinée et sur le reste du continent africain ?
Prince Diabaté : Effectivement ! J’y ai pensé depuis des années maintenant. Pour ce faire, j’ai déjà eu un manager en Guinée appelé Ballaya Diallo pour s’occuper de la gestion de ma carrière au pays, et essayer de mettre des choses en place pour des tournées africaines.
Je compte même aller au Mali très bientôt pour y donner un grand concert. Car, j’ai des racines au Mali d’où est venue ma mère qui est de Bamakokoura.
Conakryinfos : Avez-vous des projets pour la promotion de la culture guinéenne en général et la musique en particulier ?
Prince Diabaté : Bien sûr. Je compte enseigner à la nouvelle génération la pratique des deux instruments que je joue avec dextérité. Je veux léguer ma connaissance à nos jeunes qui veulent nous remplacer demain. J’ai d’autres projets dans le domaine de la promotion de la musique guinéenne, mais dont je préfère taire pour le moment.
Conakryinfos : Merci Prince.
Prince Diabaté : Je remercie Conakryinfos pour l’intérêt qu’il accorde à la promotion de la culture guinéenne.
Je n’oublie pas également de remercier le Centre culturel franco-guinéen (CCFG) qui m’a permis d’organiser à Conakry le concert dédié au doyen Momo Wandel Soumah. Le CCFG a mis à ma disposition la salle de répétition en assurant aussi le cachet des artistes qui vont jouer avec moi pour ce concert sans oublier d’autres avantages dont je préfère taire ici.
En tout cas, c’est grâce au Centre culturel franco-guinée que j’ai eu l’opportunité de retrouver mon public après quinze années d’absence du pays.
Enfin, j’invite tout le public mélomane guinéen à venir regarder leur Prince Diabaté qu’ils ont toujours aimé avec tendresse.
Entretien réalisé par Boua Kouyaté Tél : (224) 64-66-85-67
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