Les Guinéens peuvent bien se demander ce qui arrive aujourd’hui à leur administration centrale. Elle est devenue carrément immorale. Amorale. On la croyait malade de son silence.
Mais, on se rend compte que ce silence forcé résulte d’un déficit moral indéniable. L’autre semaine, nos confrères des Grandes Gueules de Radio Espace FM n’y sont pas allés de main morte pour taper sur la Primature et son silencieux locataire, M. Mohamed Saïd Fofana, dans une émission consacrée au douloureux problème de bois en Guinée.
À l’issue de cette émission, quelqu’un devrait se retrouver derrière les barreaux. Soit M. Lamine Guirassy, le responsable pénal de la station, dont les révélations n’ont pas manqué de donner la chair de poule aux auditeurs, soit le Premier ministre de la République de Guinée, son Excellence M. Mohamed Saïd Fofana.
Pour peu que l’administration publique ait un sens, pour peu que cette administration-là exige un minimum de moralité et de respect pour les administrés, M. le Premier ministre aurait dû saisir la justice pour laver son honneur. Tant les termes de l’accusation et les arguments des intervenants de “ terrain ” étaient accablants. Et voilà les naïfs que nous sommes dans l’attente. Aucune réaction.
Aucun honneur à laver. Tout s’est passé comme si la Primature avait choisi d’ignorer jusqu’à la langue de bois pour laisser s’estomper la gueule de bois qui a dû affecter très profondément notre administration éhontée. Aujourd’hui, l’on comprend aisément qu’il est quasiment impossible pour une administration sans vergogne de lever le petit doigt en vue de dédouaner face à un public pour lequel elle n’a ni respect, ni considération.
M. le Premier ministre aurait dû prendre son courage à deux mains pour tirer les conséquences de cette émission, parce que c’est finalement lui qui devrait prendre le chemin de la Maison centrale. Pour malversations, trafic de bois et d’influence ayant causé d’énormes préjudices à plus d’un. On attend de voir le nom des membres de l’équipe des Grandes Gueules sur la liste des futurs récipiendaires de la première médaille de journalisme de courage en République de Guinée.
Si le Premier ministre a préféré le silence coupable, c’est qu’il a de sérieuses raisons de le faire. Fin connaisseur de la filière bois, il a signé l’arrêté d’interdiction de la coupe et de l’exportation des essences pour des causes plus que nobles liées à la préservation de l’environnement. En fait, il devait savoir qu’au moment où il signait le texte salvateur, quelque 25 000 mètres cubes de bois étaient déjà coupés et attendaient des clients.
Comme les habitudes ont la vie dure, c’est à la Présidence de la République que l’on a trouvé “la solution”. La moitié du lot a été attribuée au Chinois qui trône sur la Société Shunxi Socopla.
Celle-ci, tout le monde le sait, s’était déjà illustrée dans l’exportation scandaleuse du bois avant l’arrêté du Premier Ministre. Sans aucune contrepartie significative, ni en termes de retombées financières pour les caisses de l’Etat, ni en termes de salaires et de création d’emplois, encore moins en termes de reboisement.
Au contraire, le tout puissant patron clando de Socopla a conservé toutes ses autorisations antérieures. Il a eu aussi tout le loisir de mener une campagne de marketing aussi mensongère qu’agressive jusque dans sa Chine natale pour indiquer que désormais, il avait le monopole de l’exportation du bois en provenance de la Guinée.
Conséquence, les pauvres menuisiers qui vivotaient dans les bas-fonds de Bonfi grâce à la vente du bois, se sont retrouvés dans la dèche. Les sociétés dûment installées qui œuvraient dans la filière, ont dû mettre la clé sous le paillasson et indiquer le pavé à leurs travailleurs. La vie de leurs familles s’est mise à rimer avec la famine.
À tout cela, se sont ajoutées les grandes et petites magouilles qui ont caractérisé l’exportation du bois que nos confrères des Grandes Gueules ont eu le courage de dénoncer.
Et le Premier Ministre se taisait, comme le dirait Aimé Césaire dans son Cahier d’un retour au pays natal. Heureusement que le nôtre aussi est… back ! Quelle coïncidence!
Source: La Lance
Conakryinfos.com
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