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Zénab Camara, un modèle de réussite au parcours atypique


Experte en investissement social dans l’industrie extractive et infrastructures. Titulaire d’une Licence en Relations internationales et d’un Master en Administration publique, Zénab Camara est une icône montante de la jeune génération de cadres guinéens au parcours atypique. Elle travaillait chez Rio Tinto où elle occupait le poste de directrice en charge des Communautés et de la Conformité sociale jusqu’au soir du jeudi 7 juin 2016, jour de publication d’un décret d’Alpha Condé la nommant au stratégique poste de cheffe de Cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Une nomination que la nouvelle promue considère comme un message fort lancé à la jeunesse et aux femmes.

Egalement  présidente et fondatrice de l’association Women in Mining Guinea, qui signifie Les femmes dans l’industrie extractive en Guinée, dame Zénab Camara est fortement impliquée dans la vie associative à travers le monde. Récipiendaire du prix de l’Excellence 2014 à elle décerné par Women empowerment network et représentante-pays d’Africa 2.0, elle est aussi membre fondateur de plusieurs associations de jeunes aux niveaux national et international, dont le Réseau des jeunes leaders Desmond Tutu Leadership Program et du Forum de Crans Montana. Elle s’est prêtée volontiers aux questions de notre rédaction. Entrevue !

Conakryinfos.com : Vous êtes la présidente de l’ONG Women in mining Guinea. Dites-nous c’est quoi cette structure ?

Zénab Camara : Women in mining ou Les femmes dans l’industrie minière est une ONG qui fait la promotion de la participation des femmes à l’industrie extractive en général, avec un focus axé sur les mines. Donc, nous essayons, premièrement, d’inciter des femmes à pouvoir s’investir dans le secteur minier, soit en tant que salariées, soit en tant qu’entrepreneures. Et nous voulons aussi faire un plaidoyer pour qu’il y ait plus de femmes à des postes de responsabilité et dans l’administration – donc dans les sociétés minières étatiques au niveau du ministère des Mines –, mais aussi dans les sociétés privées. Ensuite, nous essayons d’inciter la formation des jeunes filles, des femmes pour qu’elles puissent avoir des compétences requises afin de pouvoir mieux servir leur nation à travers le secteur minier qui est un secteur porteur de l’économie de notre pays.

Women in mining existe depuis combien de temps et égrenez-nous quelques réalisations à son actif ?

Depuis 2014. Nous avons fait le lancement en mars 2014 lors du mois de la Femme, parce que je ne vais pas dire la journée de la Femme. Nous avons lancé les activités de cette ONG par un forum où nous avons fait l’état des lieux des femmes dans les mines en Guinée. Nous avons aussi fait des présentations sur des opportunités d’emplois et d’affaires dans le secteur minier. Nous avons eu des interventions d’autres femmes qui travaillent dans le secteur minier, mais aussi dans les secteurs connexes, comme les banques et le juridique, qui sont venues pour nous parler des opportunités de partenariat que les femmes pourraient avoir avec les autres secteurs d’activité de notre pays. Suite à cela, nous avons eu à réaliser d’autres activités, notamment dans la formation des femmes dans l’entreprenariat. Nous avons, en collaboration avec le Grande Bretagne, réalisé une formation pour les femmes qui ont développé leur business-plan. Nous les avons accompagnées pendant 10 jours pour qu’elles puissent penser à leur projet et le mettre sur papier ; un projet vendable pour qu’elles puissent lever des fonds et réaliser leur projet économique. Donc, nous avons aussi eu à nous impliquer surtout dans la lutte contre la maladie à virus Ebola. En partenariat avec d’autres ONG, nous avons mis en place un mouvement qui s’appelait Zéro Ebola, en vue d’essayer de contribuer à la sensibilisation des femmes autour des zones minières. Du coup, ça a eu un succès retentissant. Puisque nous avons pu apporter notre contribution dans ce sens.

Et c’est quoi le projet-phare de Women in mining ?

Le projet-phare que nous avons depuis l’année dernière, c’est un accompagnement majeur d’Open society initiative for west Africa  (OSIWA) qui nous accompagne pour développer un indice permettant de voir l’évolution des femmes dans les mines. Nous sommes en train de travailler avec OSIWA et d’autres partenaires pour pouvoir élaborer des indices nécessaires afin de pouvoir évaluer l’évolution des femmes, notamment celles qui sont salariées, mais aussi les femmes qui sont autour des zones minières. Donc, l’atelier sera organisé dans ce sens. Il va regrouper des consultants internationaux et nationaux, mais aussi des experts en la matière, qui vont venir nous développer la fabrique de l’indice que nous allons mettre en place, aller sur le terrain et traquer des indicateurs qui auront été développés par ces experts.

C’est énorme comme activités déjà menées par une jeune ONG comme la vôtre qui n’a que 2 ans. Maintenant, qu’est-ce qu’on peut attendre de Women in mining en termes de perspectives ?

Nous pensons déjà que cette étude des femmes dans les mines, où est-ce que nous en sommes, sera  notre base de données pour le futur. Parce que nous dénonçons beaucoup la faible représentativité des femmes dans les mines, où elles sont marginalisées et sous-représentées. Mais nous n’avons pas de faits réels. Nous n’avons pas de statistiques fiables pour cela. Donc, la première chose que nous voulons initier, c’est d’abord faire cet état des lieux. Nous aurions voulu le faire bien avant. Malheureusement, c’est très difficile d’être accompagné dans notre pays pour des jeunes structures qui veulent vraiment produire des résultats. Heureusement que l’année dernière, c’est une ONG internationale qui nous a accompagnées pour pouvoir mener cette étude. Suite donc à cela, toute notre stratégie sera basée sur les résultats de cette étude. Nous avons des faits concrets. Nous avons des statistiques. Donc, ce sera un outil de prise de décision, et pour nous, et pour les partenaires que nous avons.

Un décret publié sur les ondes des médias d’Etat le jeudi 7 juin 2016 vous a promue au poste de cheffe de Cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Qu’est-ce que cela vous fait en tant en tant jeune cadre de ce pays ?

C’est une énorme responsabilité que d’avoir été nommée par Monsieur le président de la République à un poste aussi stratégique et à un département aussi important que l’Enseignement supérieur. Nous savons tous que l’éducation est le moteur de développement d’un pays. Donc, faire appel à un jeune cadre de ce pays pour lui confier un poste aussi important de gestion de l’administration au sein du berceau du savoir de la Guinée, c’est une lourde responsabilité. Et je mesure la grandeur, la lourdeur de cette tâche. Parce que ce n’est pas que je suis Zénab Camara qu’on m’a mise là. C’est un symbole qu’on veut envoyer à la jeunesse guinéenne, mais aussi aux femmes, pour dire : ‘‘on vous donne des postes de responsabilité, parce que vous les revendiquez, voilà, nous vous mettons à l’épreuve’’. Et le président de la République l’a dit dès le début de son mandat que celui-ci est dédié aux femmes et aux jeunes. Je pense qu’il est en train de le prouver. Donc, nous qui avons été récemment nommés par le président de République, de notre côté, nous avons cette lourde tâche, plus que les autres, de pouvoir dire qu’il nous a fait confiance et que nous allons prouver que c’est possible en étant jeunes, en étant femmes, de réaliser de grandes choses, de contribuer à l’émergence de notre pays. Donc, je mesure ce poste à sa juste valeur et je me donnerai tous les moyens possibles pour que je puisse contribuer efficacement à la mise en œuvre de la tâche qui m’est confiée.

Un message à l’endroit de cette couche, notamment féminine dont certaines se sous-estiment et ne cessent de se victimiser.

Je me dis que c’est une responsabilité pour nous les femmes de pouvoir prendre les choses en main de la façon dont nous l’avons toujours fait. Peut-être que maintenant on est exposé, on le voit plus. Mais, les femmes ont toujours pris le leadership, que ce soit dans le foyer, que ce soit dans le commerce. Elles ont toujours été celles qui se sont battues pour pouvoir faire avancer les choses. Donc, il faut d’abord qu’on ait cette confiance en soi. C’est la première des choses. Et dire qu’on a une responsabilité de contribuer à notre façon au développement du pays. Ensuite, nous sommes dans un monde libéral. Donc, nous ne pouvons pas laisser toutes les tâches à l’homme pour subvenir à nos besoins. Même à nos enfants, l’image que nous devons leur donner, c’est que nous devons nous battre pour pouvoir accéder à nos objectifs, pour pouvoir être indépendantes financièrement en vue de mieux nous occuper de nos enfants. C’est extrêmement important cela. Lorsqu’on est jeune, par exemple, on se dit qu’on est très jolie. Les hommes sont autour de nous. Mais la jeunesse passe. Et ce qui reste, c’est l’éducation, c’est l’enseignement et ce que vous avez accompli de vous-mêmes dans la vie. C’est ce qu’il faut mettre en avant. Donc, c’est ce message que j’aimerais passer aux femmes. Vous pouvez être épanouies professionnellement. Vous pouvez aussi être épanouies socialement. Il suffit de le vouloir et se doter des moyens. Ça ne vient pas tout seul.

Votre mot de la fin ?

Un mot que je ne dirai pas seulement qu’aux femmes, mais à toute la jeunesse guinéenne, c’est qu’on nous donne une opportunité inouïe de pouvoir contribuer au développement de notre pays. Maintenant, qu’on prenne notre responsabilité. On dit souvent que l’avenir appartient aux jeunes. Mais notre avenir, c’est maintenant. Nous ne devons pas attendre qu’on soit vieux pour réclamer notre place. C’est maintenant qu’il faut prendre nos responsabilités, pour contribuer chacun de son côté à l’amélioration des conditions de vie des Guinéens. On n’a pas forcément besoin d’être dans l’Administration publique, on n’a pas besoin d’être dans la politique pour mieux servir son pays. Partout, chacun dans son domaine d’activité, peut contribuer à l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Donc, c’est maintenant qu’on croit en nous. Et c’est maintenant nous devons saisir cette opportunité pour prouver ce dont nous sommes capables. Parce que nous sommes capables en nous de changer l’avenir de ce pays.

Réalisée par Mady Bangoura

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