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FaceApp : On pourrait utiliser vos photos dans des vidéos pornographiques !


INTERVIEW Alors que ces derniers jours le Web est submergé par des visages vieillis grâce au filtre de l’appli FaceApp, Nicolas Chagny, président de l’Internet society France, détaille les risques encourus pour les données personnelles des internautes

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Alors que question de l’utilisation des données des internautes est, depuis quelques années déjà, au cœur des débats, c’est aujourd’hui le succès fulgurant de l’application russe  FaceApp et de son filtre de vieillissement qui provoque l’inquiétude des utilisateurs. Que deviennent les photos chargées sur l’appli ? Leurs informations personnelles sont-elles menacées ?   Nicolas Chagny, président de l’Internet society France, une ONG internationale qui défend le droit des utilisateurs d’internet donne son avis.

Que se passe-t-il légalement quand on poste une photo sur l’application FaceApp ?

Le fait que votre session est perpétuelle et irrévocable, on ne peut la supprimer. Par ailleurs, il existe une clause qui précise que si la société est cédée à un tiers, alors les droits sont transmis à l’acheteur potentiel de cette dernière. Imaginons, par exemple, que la société qui édite FaceApp soit cédée à une société qui fait des vidéos pornographiques, alors on pourrait imaginer qu’elle à tous les droits pour mettre votre photo virtuellement dans une vidéo, et cela, sans votre consentement.

Parle-t-on de l’image originale ou bien de celle retouchée ?

C’est la photo retouchée qui est propriété. Maintenant, dans le droit français, la notion de perpétuelle et irrévocable n’existe pas. Ce contrat tomberait rapidement devant un tribunal. De plus, cette société n’est pas conforme au règlement général sur la protection des données qui indique que le consentement doit être explicite et éclairé. Ils n’ont donc pas le droit de le noyer dans dix pages de conditions générales.

Pensez-vous que les interrogations engendrées par cette application peuvent permettre de sensibiliser les internautes sur la protection de leurs données ?

Tout à fait ! Je pense que c’est justement une occasion à saisir. Quand vous mettez une image sur Facebook, par exemple, ce n’est pas réellement la même démarche parce que cette entreprise, de par sa taille, est consciente de la responsabilité qu’elle peut avoir. Là, vous avez téléchargé une application qui est devenue virale parce qu’elle est amusante, mais du coup, vous avez cédé des données à une société que personne ne connaît, qui est située en Russie et qui ne dévoile pas ses intentions. Finalement, c’est peut-être mieux de se laisser vieillir et de voir comment on sera dans dix, vingt ans.

Cela pose notamment plusieurs questions quant à ce qu’on appelle la publicité comportementale (cette pratique qui consiste à étudier le parcours de l’internaute sur le Web pour lui proposer ensuite des publicités propres à ses centres d’intérêt), n’est-ce pas ?

Absolument ! Sans compter celles sur la réutilisation possible de votre image sur une publicité. On doit faire attention à ce qu’on fait avec son image surtout si on se photographie avec quelqu’un. Il faut se demander si on a envie que cette photo soit diffusée ou cédée à une société qu’on ne connaît pas, prudence ! A chaque fois qu’une application est virale et qu’elle vous demande des données, c’est que ce n’est pas gratuit et qu’on enrichit comme ça un big data.

Que pensez-vous des intentions de la société à l’origine de FaceApp ?

Cette société a dit récemment devoir faire face à beaucoup de demandes de suppressions de comptes car il y a des gens qui se rendent compte après coup qu’ils ont donné leurs données sans réfléchir. Je ne pense pas que cette société ait eu au départ l’ambition de collecter des données afin de les réutiliser à titre publicitaire, mais, quand vous êtes un éditeur et que vous faites une application, alors il faut réfléchir à la responsabilité que cela engage. Il faut se poser la question de la responsabilité et de l’éthique dès la conception même de l’application et non après. Pour moi, le monde en général d’Internet et des applications a besoin de plus d’éthique.

Quels seraient vos trois conseils destinés aux internautes ?

Regarder ce à quoi on s’engage. Il faut arrêter le clic fou qui accepte toutes les conditions, même si c’est complexe.

Avoir un regard critique sur la société qui est derrière l’application qu’on utilise.

Toujours faire attention à vos données et votre image et vous demander, à chaque fois, si cette application ou ce site vaut vraiment votre don. Il faut être dans l’économie de la donnée.

Source : 20 Minutes

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