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61ème anniversaire de la Guinée: un compagnon de l’indépendance nationale raconte les faits


Le 02 octobre 1958 la Guinée a dit non à la France, afin de devenir un État indépendant. Pour cette 61ème année d’indépendance de la Guinée, la rédaction de Conakryinfos.com a réalisé ce mardi 1er octobre un entretien exclusif pour ses lecteurs, avec l’un des pères de l’indépendance. Avec Elhadj Momo Bangoura nous revenons sur les démarches qui ont permis de libérer la Guinée.

Bonsoir El hadj, nous sommes à la 61ème année depuis que la Guinée est indépendante et vous avez été l’un des acteurs dans cette lutte alors dites nous ce que la date du 02 octobre représente pour vous ?

Bonsoir et merci à votre rédaction. Cette date représente un événement historiquement capital pour moi et pour toute la Guinée. Nous avons massivement voté NON le 28 septembre 1958, parce que nous on s’était dit qu’il n’y a pas mieux que d’être indépendant alors il fallait voter pour libérer notre peuple.

Combien avaient voté NON à travers le pays ?

Le NON a remporté le vote avec 1.119.508 contre 57.134 OUI. C’est un score écrasant, donc satisfaisant pour les Guinéens. Ainsi, la proclamation a eu lieu le 02 octobre de la même année. Cette proclamation a été faite par le président des conseillers territoriaux.

Combien étaient-ils, ces conseillers territoriaux ?

Ils étaient au nombre de 60 conseillers et parmi ces 60, les 57 étaient du parti PDG-RDA et les trois autres sont de Barry III.

Quels ont été les préalables de ce vote ? Qu’est ce qui a été fait en amont pour remporter ce référendum ?

Les préalables c’est la campagne. On avait fait de vastes campagnes pour sensibiliser la population dans tout le pays. Moi qui vous parle là, j’ai participé à la campagne. J’ai fait ma campagne à Tougué car j’étais enseignant dans le village appelé Kollagui. La campagne avait eu lieu partout pour voter NON, afin d’accéder à l’indépendance. Le Général de Gaulle est arrivé à Conakry le 25 Août 1958 pour demander à la Guinée de voter OUI mais on a dit NON. Ahmed Sékou Touré nous demander de répéter après lui :

« Nous voterons NON à l’inégalité, nous voterons NON à l’irresponsabilité. A partir du 29 septembre 1958, nous serons un pays indépendant ».

Après cette campagne de sensibilisation, quelle a été la suite ?

Comme on estimait être prêt pour le vote, on a réuni les 60 conseillers territoriaux pour proclamer notre indépendance. Alors le jeudi 02 octobre à 10 h 30’, Saifoulaye Diallo a proclamé l’indépendance. Alors ce n’est plus la Guinée française mais la République de Guinée.

Quel climat a régné chez les Guinéens après la proclamation de l’indépendance ?

C’est la fête, un enthousiasme délirant. Tout le monde était content, très content, c’était la joie, de Conakry ici jusqu’à Yomou, partout. Moi personnellement j’étais très heureux, car j’ai été un acteur et combattant pour obtenir cette liberté sans prendre les armes. Parce que y avait d’autres colonies qui ont fait recours aux contres, comme l’Algérie en 1954.

Quelle a été la réaction du Général Charles  de Gaule après cette proclamation ?

C’était une totale déception. Général de Gaulle était très en colère, très remonté : « Messieurs, voilà un individu avec lequel nous ne pourrons jamais nous entendre… Nous n’avons plus rien à faire ici. Le 29 septembre au petit matin, la France s’en ira », avait lancé le Général de Gaulle à sa délégation, parmi laquelle se trouvait Pierre Messmer, ancien gouverneur de l’AOF.

Qu’est ce qui s’est passé après la colère de général de Gaulle ?

Étant très en colère, le général de Gaulle a envoyé un commando à bord d’un navire de la marine nationale, pour prendre tout l’argent dans la banque. Ces milliards qui étaient dans la banque ont été transportes à bord du même navire jusqu’à Dakar et les caisses étaient vides. Le général de Gaulle avait même instruit à ses missionnaires de faire recours à la force, jusqu’à ouvrir le feu, si nécessaire. C’est pour vous dire que c’était une véritable guerre que la France avait déclarée à la Guinée. Les jours qui ont suivi, Sékou Toure n’avait même pas un franc pour payer les fonctionnaires parce que la France avait tout prix.

Dans cette situation de crise financière, comment Sékou Toure avait pu gérer le pays, notamment le payement les fonctionnaires ?

Il faisait recours à l’aide internationale. Le président Kwamé Kuruma de l’actuel Ghana avait aidé la Guinée. Il nous avait donné 10 millions de Livres sterling et d’autres pays ont suivi. C’est après tout cela que les français ont planifié les complots dont vous entendez parler. Ces complots étaient organisés par la France contre Sékou Toure. Et ils disaient que c’est Sékou Toure, pourtant ce sont eux les organisateurs et Sékou Toure subissait les complots.  J’ai même des documents écrits par eux, prouvant qu’ils étaient impliqués dans la déstabilisation de la Guinée.

Après l’indépendance de la Guinée, une réconciliation Franco-Guinéenne était-elle envisageable ?

Mon Dieu, ce n’était pas possible. Je vous dis la France avait déclenché une guerre à la Guinée. On a constaté une totale rupture entre ces deux pays. La France avait tout dépossédé de la Guinée.

Cette indépendance a t-elle était bénéfique à la Guinée ? Qu’est ce qu’elle nous a apporté ?

Elle nous a apporté beaucoup de choses, un avantage considérable. La Guinée s’est développée dans les préfectures, on a construit un peu partout, on a eu des entreprises industrielles, l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Quand les français partaient en 1958, le nombre de guinéens lettrés était de 2% et quand Ahmed Sékou Touré mourait en 1984, le taux d’alphabétisation était à 32%.

Vous étiez parrain du PDG-RDA et député à l’Assemblée Nationale, comment trouvez-vous la gestion de l’administration actuelle, comparativement à votre temps ?

Vous savez chaque gouvernement a son propre système. Mais je me réjouis d’une chose. Depuis l’arrivée du président Alpha Condé en 2010 au pouvoir, les fêtes d’indépendance sont organisées dans les différentes villes de l’intérieur. Cela nous permet de réaliser beaucoup d’infrastructures et de valoriser cette date historique.

Elhadj Momo Bangoura merci !

C’est moi qui vous remercie !

Entretien réalisé par Siradio Kaalan DIALLO

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